Comment devenir médium

Comment devenir médium

Comment devenir médium, lecture à froid, effet Barnum et manipulation

Envie d’une reconversion professionnelle ou d’un complément de revenu ? À l’ère du développement personnel où les pseudo-gourous fleurissent sur TikTok… pourquoi pas vous ?!?

Bonne nouvelle : pour devenir médium, vous n’avez pas besoin de parler aux morts…

C’est même beaucoup plus simple s’ils ne répondent pas.

Il vous faut surtout trois choses : savoir observer, connaître deux ou trois mécanismes psychologiques et être capable de prononcer une supposition avec suffisamment d’assurance pour qu’elle ressemble à une révélation.

Bienvenue donc dans cette formation accélérée et gratuite 🙂

À la fin de cet article, vous ne saurez probablement toujours pas communiquer avec votre grand-mère décédée.

En revanche, vous comprendrez beaucoup mieux comment quelqu’un peut vous donner l’impression qu’il le fait.

Et, accessoirement, vous aurez économisé 80 euros la séance.

Leçon n°1 : commencer par ne rien savoir

Lecture à froid et observation du client

Notre futur médium reçoit Anaïs.

Il ne connaît rien d’elle.

Parfait.

Il la regarde quelques secondes.

Son âge approximatif. Sa façon de s’habiller. Une alliance ou pas. Un pendentif. Son vocabulaire. Son attitude. Son émotion.

Puis il commence.

Le médium :

« Je ressens une présence masculine autour de vous… quelqu’un d’assez proche. »

Statistiquement, ce n’est pas exactement une prise de risque considérable et, comme vous le verrez, la statistique, c’est le cœur du métier…

Père, grand-père, frère, oncle, conjoint, ami…

Anaïs réfléchit.

« Mon père est décédé il y a trois ans. »

Excellent.

Nous venons d’apprendre deux informations : c’est le père, et il est mort il y a trois ans.

Quelques secondes plus tard :

« Oui… votre père. Je le ressens très fortement, son énergie est très puissante. »

Et voilà. Toujours une petite mention à l’énergie, bien sûr, c’est plus vendeur…

Le médium semble avoir trouvé le père.

Alors que c’est Anaïs qui vient de le lui présenter.

Bienvenue dans la lecture à froid.

La lecture à froid consiste à lancer des affirmations relativement larges, observer les réactions, récupérer les informations données volontairement ou involontairement par la personne, puis affiner progressivement. Pensez à Sherlock Holmes 😉

Ce n’est pas de la télépathie.

C’est de la pêche.

Et le poisson fournit parfois lui-même l’hameçon pour ceux qui savent analyser.

Leçon n°2 : poser une question en ayant l’air de connaître la réponse

Question orientée présentée comme une information

Voici maintenant une petite merveille de prestidigitation verbale.

« Elle n’est pas morte d’une crise cardiaque ? »

Sur le papier, c’est une question.

Mais prononcez-la lentement, avec un regard concentré, comme « connecté » :

« Elle n’est pas morte… d’une crise cardiaque ? »

Tout à coup, cela ressemble presque à une information que le médium serait en train de vérifier.

Et le système est remarquable parce que presque toutes les réponses permettent de continuer.

Cas numéro 1

« Oui ! Exactement ! »

Formidable, le poisson a mordu…

« Oui… c’est ce que je ressentais. Quelque chose autour du cœur. »

Touché, coulé.

Cas numéro 2

« Non, elle est morte d’un cancer. »

Aucun problème.

« D’accord… pourtant j’ai quelque chose dans la poitrine. Les poumons peut-être ? »

Si c’est un cancer du poumon, miracle.

Sinon :

« Peut-être quelqu’un d’autre dans la famille ? »

On élargit.

On cherche.

On attend qu’une correspondance apparaisse.

Face tu perds, pile je gagne 🙂

C’est une forme de pêche aux informations, souvent appelée fishing dans les descriptions de la lecture à froid.

La subtilité est simple : il faut que la personne ait l’impression que vous vérifiez une information que vous possédez déjà, alors qu’en réalité vous êtes justement en train de la chercher.

Leçon n°3 : dire quelque chose qui semble personnel mais qui concerne tout le monde

Effet Barnum ou effet Forer

Petit test.

Vous êtes quelqu’un qui peut être très sociable, mais qui ressent parfois le besoin de s’isoler.

Vous avez connu certaines déceptions que vous gardez pour vous.

Vous pouvez donner l’impression d’être sûr de vous alors qu’il vous arrive intérieurement de douter.

Vous aimez être apprécié, mais vous n’aimez pas dépendre complètement du jugement des autres.

Vous vous reconnaissez ?

Évidemment.

Et probablement aussi votre voisin, votre tante, votre ami qui croit à son horoscope le croira encore plus 🙂

C’est ce qu’on appelle l’effet Barnum, ou effet Forer. (Superbe article à cette adresse ICI 🙂 )

Il désigne notre tendance à considérer comme très personnelles des descriptions suffisamment générales pour convenir à énormément de monde.

C’est le carburant premium des horoscopes.

« Vous êtes généreux, mais vous savez parfois penser à vous. »

Merci.

Vous voilà donc tout simplement un être humain…

Leçon n°4 : apprendre les statistiques

Probabilités et statistiques dans la lecture à froid

Les morts ont une caractéristique très pratique : beaucoup étaient vieux, malades ou les deux.

Si votre cliente a 70 ans et que vous annoncez :

« Je ressens une personne plus âgée qui avait des problèmes de santé… »

Vous n’êtes pas exactement en train de prédire la prochaine éruption du Vésuve ou les numéros gagnants de l’Euromillions.

Ajoutons :

« J’ai quelque chose autour du cœur, de la respiration ou de la poitrine. »

Nous venons encore d’élargir considérablement le filet.

Et il suffit parfois qu’une seule proposition tombe juste.

« Oui ! Mon père avait fait un infarctus ! »

À partir de cet instant, les propositions ratées précédemment deviennent étrangement moins importantes.

Le cerveau adore les réussites spectaculaires.

Il archive beaucoup moins les échecs.

Leçon n°5 : utiliser les lettres

Utilisation des lettres, prénoms et lieux

Un classique.

« J’ai un prénom qui commence par M. »

Silence.

Pas de Michel.

Pas de Marie.

Pas de Marcel.

On continue.

« Ou peut-être le son M… »

Toujours rien.

« Cela peut également être un lieu. »

Soudain :

« Ma mère vivait à Montmorillon ! »

Magnifique.

C’était évidemment Montmorillon. (petite ville du 86)

Pas Michel.

Pas Marie.

Pas Marcel.

Montmorillon.

Les morts ont parfois une diction assez approximative, et les informations rarement intéressantes ou connues uniquement de nos chers disparus…

Leçon n°6 : ne jamais laisser mourir une mauvaise réponse

Réinterprétation d

Un médium efficace possède une qualité essentielle : l’élasticité et l’improvisation.

Exemple :

« Je vois trois enfants. »
« Je n’en ai que deux. »

Un amateur paniquerait.

Pas nous, nous on a suivi une formation de qualité sur nemano.fr.

« Je ne pense pas forcément à trois enfants vivants. »

Et là, plusieurs portes s’ouvrent.

Une grossesse interrompue ?

Un enfant du conjoint ?

Un neveu élevé comme un enfant ?

Un enfant désiré mais jamais eu ?

Trois enfants dans la fratrie ?

Quelqu’un finira souvent par chercher une explication.

Et quand il l’a trouvée :

« Voilà. C’est ça. »

L’affirmation était fausse.

Mais elle vient tout de même de se transformer en réussite.

C’est validé.

Leçon n°7 : laisser le client travailler

Le client fournit lui-même les informations

C’est probablement l’une des choses les plus intéressantes lorsqu’on regarde une séance de voyance attentivement.

Le médium dit :

« Je ressens une femme. »

Le client répond :

« Ma mère ? »
« Oui. »

Puis :

« Elle avait un problème avec une maison. »
« Ah ! On a vendu sa maison après son décès. »
« Exactement. »

Puis :

« Je vois quelque chose de bleu. »
« Elle adorait la mer. »
« Voilà. C’est cela. »

Arrêtez la séance.

Qui vient de fournir l’essentiel des informations ?

La personne venue consulter.

Le médium, lui, a surtout lancé des hameçons.

Le phénomène devient beaucoup plus visible lorsqu’on enregistre une séance puis qu’on la retranscrit mot pour mot.

Notre mémoire reconstruit facilement :

« Il savait que ma mère adorait la mer. »

Alors que la conversation réelle ressemblait parfois davantage à :

« Je vois du bleu. »
« La mer ? »
« Oui ! »

Ce n’est pas tout à fait la même chose hein 🙂

Leçon n°8 : pour les paresseux, utiliser Google

Lecture à chaud, réseaux sociaux et OSINT

La lecture à froid demande tout de même un certain talent, n’est pas Sherlock qui veut.

Heureusement, il existe la lecture à chaud.

Cette fois, on possède les informations avant même de rencontrer la personne.

Et nous avons aujourd’hui inventé un outil exceptionnel pour communiquer avec les morts.

Il s’appelle Internet.

Facebook.

Instagram.

LinkedIn.

Avis de décès.

Arbres généalogiques.

Profils publics.

Photos.

Commentaires.

Quelques minutes de recherche peuvent apprendre énormément de choses.

Ce type de recherche dans des sources publiques relève de ce qu’on appelle l’OSINT, l’Open Source Intelligence.

Votre cliente s’appelle Claire.

Sa mère, Monique, est décédée en 2023.

Monique passait ses vacances à La Rochelle.

Claire a publié quinze photos de la famille devant l’océan avec :

« Tu nous manques, maman ❤️ »

La séance commence.

« Je ressens une femme… un prénom avec un M. »

Claire écarquille les yeux.

« Ma mère s’appelait Monique ! »

Pause dramatique.

« J’ai également une image très forte de la mer. »

Et là…

Mamie vient officiellement de traverser le mur séparant notre monde de l’au-delà.

Non, quelqu’un a regardé Facebook…

Leçon n°9 : utiliser l’effet mitraillette

Effet mitraillette et multiplication des affirmations

Autre technique efficace : envoyer beaucoup d’informations.

Très vite.

« Je ressens un homme, peut-être un père ou un grand-père, une difficulté respiratoire, quelque chose vers la poitrine, un prénom en J ou G, une maison, peut-être un déménagement, et je vois un chien… »

Dans cette phrase, combien y a-t-il d’éléments ?

Beaucoup.

Si deux correspondent, ces deux-là risquent de devenir le souvenir principal de la séance.

Les autres disparaîtront progressivement.

C’est un peu comme lancer vingt fléchettes puis montrer uniquement celles qui ont touché la cible.

Leçon n°10 : exploiter les réactions invisibles

Expressions du visage et réactions non verbales

Vous n’avez même pas besoin que votre client parle beaucoup. Une expression du visage, une hésitation, un sourire ou un changement de posture peuvent déjà fournir des indices.

« Votre père était quelqu’un de très autoritaire. »

Micro-expression.

Petit recul.

Sourire.

Sourcils qui se lèvent.

Vous continuez :

« Mais pas forcément méchant. Je dirais plutôt quelqu’un qui avait du mal à montrer ses émotions. Mais qui savait vous montrer qu’il vous aimait. »

Le visage change encore.

Vous vous rapprochez.

Notre corps répond souvent avant notre bouche.

Un bon lecteur observe ces réactions et ajuste continuellement ses propositions.

Plus la conversation dure, plus il accumule d’informations.

Au bout de trente minutes, il peut donner l’impression de vous connaître depuis toujours.

Ce qui est assez logique.

Cela fait trente minutes que vous lui apprenez votre vie, votre langage…

Leçon n°11 : utiliser la personne décédée comme joker

Défunt utilisé comme source invérifiable

Un mort possède une autre qualité fantastique.

Il est difficile à interroger contradictoirement.

« Votre père me dit qu’il regrettait quelque chose. »

Probablement.

Nous avons presque tous des regrets, sauf moi bien sûr 🙂

« Il dit qu’il ne vous disait pas assez qu’il vous aimait. »

Difficilement vérifiable.

« Il veut que vous sachiez qu’il va bien. »

Encore plus difficilement vérifiable.

Étrangement, les morts donnent rarement une information vérifiable que personne dans la pièce ne connaît déjà.

Et surtout :

« Ce message signifie quelque chose pour vous ? »

C’est maintenant à vous de trouver ce qu’il signifie.

Pratique.

Leçon n°12 : dire les deux choses à la fois

Rainbow ruse, attribuer deux traits opposés

Voici une technique particulièrement élégante que les anglophones appellent le rainbow ruse.

Le principe consiste à attribuer à quelqu’un un trait de caractère… puis son contraire.

Par exemple :

« Vous êtes généralement quelqu’un de très patient, mais lorsqu’on dépasse certaines limites, vous pouvez devenir extrêmement ferme. »

Vous êtes patient ?

Ça marche.

Vous vous énervez parfois ?

Ça marche aussi.

Autre exemple :

« Vous êtes indépendant, mais vous avez également besoin de sentir que certaines personnes sont présentes pour vous. »

Pile : vous êtes indépendant.

Face : vous avez besoin des autres.

Face tu perds, pile je gagne, encore 🙂

L’intérêt est évident : deux caractéristiques apparemment opposées sont réunies dans la même affirmation.

Et puisque presque tout le monde peut être calme dans certaines circonstances, impatient dans d’autres, indépendant à certains moments et avoir besoin de soutien à d’autres…

Il devient assez difficile de répondre :

« Non, absolument pas, cela ne me ressemble pas du tout. »

C’est une sorte d’effet Barnum avec ceinture et bretelles.

Mais alors, tous les médiums mentent-ils ?

La sincérité n

Oui et non.

Et cette distinction est importante.

Quelqu’un peut utiliser ces mécanismes volontairement pour tromper.

Quelqu’un peut également les utiliser inconsciemment, subir ses propres biais.

Une personne peut être extrêmement attentive aux micro-réactions des autres sans savoir qu’elle le fait.

Elle peut remarquer que certaines phrases « fonctionnent », les réutiliser et finir par être sincèrement persuadée qu’elle possède une intuition exceptionnelle.

Autrement dit, il existe une différence entre :

« Je sais que je vous manipule »

et :

« Je crois réellement que quelque chose me parle. »

La sincérité d’une personne ne constitue cependant pas une preuve de l’origine paranormale de ses informations…

Ce n’est pas parce que l’on croit très fort à quelque chose que cela devient vrai. La conviction n’est pas une preuve.

On peut monter sur un ring absolument persuadé d’être un excellent boxeur.

Mohamed Ali, lui, aurait constitué un test expérimental assez convaincant 🙂

On peut être parfaitement sincère et parfaitement trompé.

Y compris par soi-même.

Comment tester réellement un médium ?

Tester méthodiquement les affirmations d

Il existe un outil extrêmement sophistiqué.

Une feuille.

Et un stylo.

Pendant la séance, notez chaque affirmation avant de chercher à lui donner un sens.

Par exemple :

« Homme âgé. »

« Problème de poitrine. »

« Prénom en M. »

« Maison. »

« Chien. »

Puis, après la séance, classez-les.

Correct.

Incorrect.

Trop vague.

Information que j’ai moi-même donnée.

Réinterprétation après coup.

Vous risquez de découvrir quelque chose d’intéressant…

L’impression générale d’une séance peut être beaucoup plus spectaculaire que son contenu réel.

Examen final

Examen final de la formation humoristique de médium

Avant de recevoir votre diplôme officiel de médium Nemano, une dernière question.

Votre cliente vous dit :

« Non, personne dans ma famille ne s’appelle Jacques. »

Que faites-vous ?

A. Vous reconnaissez votre erreur.

B. Vous demandez pardon aux esprits.

C. Vous expliquez que le J peut être un lieu, un deuxième prénom, quelqu’un de son entourage ou « simplement un son ».

Bonne réponse : C.

Vous êtes prêt.

Formation terminée

Diplôme humoristique de médium

Félicitations.

Vous connaissez maintenant les bases.

Pour votre première séance :

Observez.

Commencez large.

Utilisez des probabilités.

Posez des questions qui ressemblent à des affirmations.

Surveillez les réactions.

Développez ce qui fonctionne.

Abandonnez discrètement ce qui échoue.

Laissez votre interlocuteur remplir les blancs.

Et lorsqu’il vous donne une information, attendez quelques secondes avant de la lui restituer.

Surtout, ne dites jamais :

« Je suppose que… »

Dites :

« Je ressens que… »

Cela sonne beaucoup mieux, beaucoup plus « pro ».

Personnellement, je reste cependant disponible pour changer d’avis.

Il suffirait finalement d’une démonstration assez simple.

Pas besoin de faire apparaître Napoléon dans mon salon.

Un médium qui me donne cinq informations précises, vérifiables, inconnues de lui et sans me poser de questions ferait déjà très bien l’affaire.

Et s’il connaît les numéros de l’Euromillions de vendredi prochain, je promets même de publier un rectificatif et de lui reverser 2%.

J’ai un flash…

Cela ne se produira pas 🙂